Avis de tempête sur l’AVS : La faute aux baby-boomers ?

Avis de tempête sur l’AVS : La faute aux baby-boomers ?

La prévoyance vieillesse suisse avec ses trois piliers (l’AVS fédérale, la prévoyance professionnelle et la prévoyance individuelle) est un succès. Dans ce contexte, notre AVS se porte plutôt bien depuis de nombreuses années mais, selon les prévisions de l’Office fédéral des assurances sociales et de nombreux autres experts, cela ne devrait pas durer. En effet, si les recettes de l’AVS suffisent encore aujourd’hui à couvrir les dépenses, des déficits annuels se chiffrant en milliards de francs sont prévus à partir de 2021 et pourraient aboutir vers 2030 à l’engloutissement total du fonds AVS, c’est-à-dire de son fonds de réserve.

Le départ à la retraite, ces prochaines années,  de la génération des baby-boomers des années 50 et 60 est souvent cité comme une cause majeure de ce changement de paradigme. Mais peut-on pour autant affirmer que ces nouveaux retraités sont les seuls responsables de cette situation ?

Pour répondre à cette question, il faut rappeler que l’AVS est financée selon le principe de la répartition : les dépenses courantes, c’est-à-dire les rentes versées, sont couvertes par les recettes courantes, qui sont en majeure partie financées par les cotisations des assurés et des employeurs. Les cotisations versées servent donc directement à financer les prestations. Sur la base de ce principe, il est logique de penser  qu’effectivement, l’arrivée massive de nombreux baby-boomers à la retraite va déstabiliser de manière significative le rapport de dépendance entre les actifs (cotisants) et les rentiers (bénéficiaires) et par conséquent remettre en question tout le financement de l’AVS à long terme.

Mais cette réponse est réductrice. Si le départ à la retraite des baby-boomers est incontestablement un sujet de préoccupation majeur pour le futur de l’AVS, il n’est pas le seul. Trois autres causes importantes contribuent également à péjorer l’équilibre financier de l’AVS. Au niveau des dépenses, le processus général de vieillissement de la population induit une augmentation régulière des rentiers alors que du côté des recettes, le tassement du flux migratoire provoque une diminution des cotisations versées par les personnes actives issues de l’immigration. Enfin, il faut citer le facteur aggravant que représente le rendement des capitaux qui est inférieur aux attentes depuis plusieurs années, en particulier à cause du niveau historiquement bas des taux d’intérêt.

Confrontée à cette conjonction de facteurs défavorables, l’AVS doit impérativement prendre les mesures qui s’imposent pour équilibrer durablement ses recettes et ses dépenses, afin que les générations futures puissent également bénéficier de ses prestations. Et ce constat est d’autant plus préoccupant que le 2ème pilier doit lui aussi faire face à des difficultés liées en partie aux mêmes causes.

Pour préserver le niveau global des prestations de la prévoyance vieillesse, il sera donc indispensable de mettre en place des solutions équilibrées qui répondent à tous ces défis. C’est le sens du projet de réforme globale « Prévoyance 2020 » du Conseil fédéral qui vise à associer l’AVS et la prévoyance professionnelle dans le but d’harmoniser leurs prestations et leur financement.

Alain Bussard